jeudi 5 février 2009

Au pays de la vache sacrée

La chronique de Benoît Aubin
Hydro-Québécois

Benoît Aubin
04/02/2009 15h19


Les émotions, les sentiments sont les pires conseillers qu'on puisse avoir en affaires. C'est pour cela qu'il est presque impossible de débattre sereinement de la privatisation d'Hydro-Québec.

Les sentiments éveillés chez les Québécois par la privatisation d'Hydro-Québec sont parmi les passions les plus puissantes et, historiquement, les plus dangereuses du genre humain. Ils touchent au nationalisme, au patriotisme, au territoire, ainsi qu'à la fierté et au confort de la collectivité. Ils font appel au côté gauche de notre cerveau collectif. Ils sont, avec la religion, la plus importante source des conflits qui ont marqué l'Histoire de l'Humanité.

Les arguments militant en faveur de la privatisation du géant québécois de l'électricité sont puissants, clairs et pressants, mais ils sont d'une autre nature. Ils s'adressent au côté droit du cerveau. Ils parlent une autre langue, que maîtrisent bien ceux qui réussissent à s'enrichir et à prospérer.

La raison pour laquelle le débat est si difficile, c'est que les tenants de la privatisation parlent une langue, et ses opposants en parlent une autre.

On n'est pas surpris de voir l'Institut économique de Montréal publier un rapport prônant la privatisation d'Hydro-Québec. Le «think tank» montréalais n'est pas un admirateur des entreprises d'État. Mais, M. Claude Garcia, qui a réalisé l'étude publiée hier, est un administrateur émérite et chevronné, et le sérieux de son travail ne fait aucun doute.

Ses arguments en faveur de la privatisation sont troublants. Hydro-Québec n'est pas efficace. Mieux gérée, elle rapporterait deux milliards $ de plus par année. Sa stratégie économique est absurde. Les rabais consentis aux grands utilisateurs d'énergie comme les alumineries coûtent plus cher que les retombées économiques qu'ils engendrent. Les États-Unis achètent 90 pour cent de l'aluminium québécois, c'est donc eux qu'on subventionne avec de l'énergie à rabais. La tarification domestique encourage la paresse et le gaspillage au coût de 6 milliards $ par année. Le gouvernement albertain s'enrichit quand le prix du pétrole monte ; le gouvernement du Québec se prive de tels revenus en vendant l'électricité à rabais aux Québécois.

Bon.

Mais, privatiser Hydro-Québec, c'est un peu comme liquider des bijoux de famille! La bague de grand-mère peut avoir une valeur sentimentale sans commune mesure avec sa valeur marchande. C'est le cas d'Hydro-Québec pour bien des Québécois, conditionnés en cela par 50 ans de publicité et de propagande.

La nationalisation des producteurs d'électricité dans les années 1960 a été la victoire de David contre Goliath. Manic-5, le premier grand ouvrage conçu et construit entièrement en français, est devenue la fondation symbolique du Québec moderne. Tous les politiciens depuis Robert Bourassa ont établi une équation entre Hydro-Québec et création d'emplois - même si les subventions aux alumineries équivalent à 250 000$ par travailleur par année, selon le rapport de M. Garcia.

Évidemment, privatiser Hydro-Québec signifie que n'importe qui peut en devenir acquéreur! Imaginez la manchette : un consortium mené par une banque de Shanghai devient actionnaire majoritaire d'Hydro-Québec! Cela serait sans doute assez pour amener Bernard Landry à reprendre la plume...

Le rapport de l'IEDM déposé hier nous propose un défi de société intéressant : parvenir à discuter des pours et des contres de manière constructive, et en termes pondérés!

Comme pour l'emplacement du CHUM...

6 commentaires:

  1. Petite erreur dans votre texte, les subventions sont de 250,000$ par travailleur par année.
    Un des gros problèmes d'Hydro-Québec est son inefficacité quand on compare aux fournisseurs privés.
    Tellement plus intéressants vos textes quand ils ne sont pas bourrés d'insultes.

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  2. Erreur corrigée, monsieur Laplante! ;-)

    Merci pour votre commentaire!

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  3. Intéressant, par contre je m'intérroge sur l'impact d'une privatisation sur le prix domestique de l'électricité, sujet qui est mystérieusement occulté... Pour seul argument que les tarifs bas encourage le gaspillage, on se permettrait de les augmenter encore et encore? C'est risible comme argument.

    N'avons-nous pas nationaliser Hydro-Québec pour s'assurer une électricité à bas prix pour tout le monde?

    Pour teminer, j n'aime pas la comparaison gauche-droite du cerveau, mettre tout les tord d'un coté et toutes les vertues d'un autres, ça manque de recul.

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  4. JEAN LUC PROULX EST UN OBÈSE DONT L'ARMÉE N'A PAS VOULUe!

    C'EST UN PARANOIAQUE QUI VA PÉTER UNE COCHE!

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  5. Je sais que c'est toi, indeedtd. Toi seul peut écrire quelque chose comme ça sur moi. Alors, enlève ton masque et nommes-toi!

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